mercredi 6 mai 2015

Si je prenais le temps…

Oui, si je prenais le temps d’écrire ce qui me passe par la tête ces temps-ci, il serait question d’ignorance et de pauvreté. Je trouve que ce sont les deux principaux fléaux qui affligent ma chère planète encore en ce 2016.

Vous allez me dire que c’est la guerre qui frappe dans certaines régions qui devraient t’empêcher de dormir. Oui, c’est vrai qu’il y a ces guerres. Qu’est-ce qui pousse une jeune personne à prendre un fusil pour aller tuer un autre humain comme elle? Je réponds sans hésiter que c’est l’ignorance. On se fait embobiner par des pseudo-théologiens de tout acabit qui ne comprennent rien aux sciences des religions, qui ont appris quelques mantras par cœur qu’ils débitent à des fidèles souvent ignares et crédules.

Je trouve inconcevable qu’en ce 2016 règne encore tant de pauvreté sur ma planète. Des gens au moment où j’écris ces lignes ont faim et vivent dans des conditions matérielles pitoyables.

Comment ces 1 % qui possèdent 90 % des richesses de la terre peuvent-ils dormir calmement? Même s’ils ont des fondations philanthropiques, ils n’ont pas d’excuse. Leurs fondations servent à payer moins d’impôts. Je ne parle pas de ces inconscients qui cachent leurs avoirs dans des paradis fiscaux. Une honte quand on pense qu’ils utilisent les mêmes routes, les mêmes écoles, les mêmes hôpitaux que nos impôts servent à financer.

Je ne décolère pas devant toutes ces injustices. Dans mon propre pays, on enregistre un taux d’analphabétisme effarant. Nos voleurs et nos tueurs en prison ont à peine un cours primaire selon une étude qui m’est passée sous les yeux.



Oui, quand je fais taire les bruits de ma civilisation pour réfléchir en paix sur l’état de ma planète, une évidence me saute aux yeux. Si j’avais une baguette magique, je la pointerais volontiers vers deux cibles majeures : l’ignorance et la pauvreté.

vendredi 17 avril 2015

Les murs de l’incompréhension

J’ai toujours pensé que l’usage de la force était la manière de masquer une grande faiblesse. Quand j’analyse le comportement des bipèdes qui l’utilisent sur ma petite planète bleue, force est de constater que les grands idéaux issus de la Révolution française sont loin de les habiter. Liberté, égalité, fraternité. Trois réalités absentes dans la vie de ces barbares.

Que puis-je faire quand un fusil est braqué sur ma tempe? Toute tentative de dialogue est impossible. On veut me dominer, me soumettre, me faire disparaître. En 2017, il semble impossible de s’asseoir autour d’un café et d’échanger calmement dans le respect sur notre vision du monde, de la réalité humaine.

Pour amener un fanatique, un dominateur à dialoguer, il lui faudrait faire tout un saut en hauteur. Accepter de remettre en question sa vision du monde, son héritage familial et culturel. Cela ne se fait pas en cinq minutes. J’ai vécu à une certaine époque dans un certain carcan qui m’avait amené dans des directions totalement opposées à mes aspirations véritables. Cela a pris des années à me libérer par toute une démarche intérieure.

Malheureusement, je vois tous les jours les vestiges de ce manque de dialogue véritable. Pour être certain d’éviter à tout jamais le contact, on érige des murs. Pensez à celui qu’on a construit entre Israël et la Palestine ou celui qui séparait Berlin à l’époque de la guerre froide. Que dire du mur que Trump veut construire pour séparer les USA du Mexique? Comme touriste, on va visiter le mur d’Hadrien et la Grande Muraille de Chine. Pensez à toutes ces villes fortifiées où il fallait passer obligatoirement par une ou des portes afin de contrôler.


Plus proche de notre réalité quotidienne, il y a ces refuges dans le silence, dans la consommation, dans les évasions multiples. Combien de personnes âgées se sentent emmurées dans ces résidences où elles se sentent parquées. Je pourrais écrire encore des pages sur ce sujet. Je me contente d’affirmer que l’humanisme ne brille pas fort dans le ciel de notre petite planète bleue. 

Et si je continuais à écrire, je vous dirais mon profond écoeurement devant ces milliards que Trump veut consacrer à l'armée et dire que des millions d'Africains crèvent de faim au moment où j'écris ces lignes.

lundi 30 mars 2015

Désir et souffrance

En coupant mes légumes, j’écoutais Catherine Major chanter que son cœur est une lame mal aiguisée. Il y a de ces jours où j’aimerais qu’une lame coupe toutes les résistances qui empêchent mon cœur d’aimer la vie tout simplement. Comment y parvenir sans tomber dans l’ataraxie, cette absence de trouble dans l’âme. Trouver une quiétude, une tranquillité de l’esprit  pour ne plus être troublé par les aléas du destin, voilà la sagesse qui devrait aiguiser le septuagénaire que je suis.

Hélas, ce n’est pas ainsi que se tricote ma vie. Je suis balloté entre le désir et la souffrance. À mesure que les années passent, je me rends compte que la véritable sagesse, celle que ma condition humaine m’invite à accepter et à intégrer ne peut éluder ce va et vient entre le désir et la souffrance. Il y a une grave illusion à vouloir évacuer la souffrance à tout prix. C’est une purgation  impossible à administrer.

Quand je pédale sur mon vélo stationnaire dans l’unique but de me garder en santé, je souffre inévitablement. Il y a dans cet exercice une routine assommante et si je ne mets pas un peu de musique pour accompagner le tout, la torture est encore plus évidente. Si je m’astreins à pédaler, c’est que le désir est là pour me souffler à l’oreille que c’est bon pour ma survie.

Il m’est arrivé ces dernières années de me rendre en Floride pour fuir l’hiver québécois. Quelle souffrance interminable que ce long trajet pour assouvir mon désir de soleil. Je dois me rendre à l’évidence que supprimer le désir, c’est supprimer la souffrance.


Je pourrais multiplier les exemples prouvant que ce couple désir-souffrance fait partie de notre condition humaine. J’oublie mes  tentatives d’atteindre le nirvana, de voir le désir comme un ennemi, de vouloir écarter la souffrance. Je suis un humain et la sagesse m’ordonne d’intégrer ce couple.

lundi 23 mars 2015

L’impératif romantique

Dans une certaine enfance lointaine, ma vie se conjuguait à l’impératif présent. On me disait sans détour comment vivre ma vie. Si j’avais écouté ces sirènes de la mort, je n’aurais eu qu’à suivre un chemin bordé selon les façons de faire de la famille, de l’école, de l’église, de la société occidentale. Cette approche rationnelle, mécanique, matérialiste beurrée à la sauce religieuse ne pouvait conduire l’être sensible que j’étais qu’au désenchantement.

Au plus profond de moi-même, je sentais un impératif romantique qui ne demandait qu’à éclore, qu’à colorer toute mon existence. Cela signifiait pour moi une vision authentique du monde. Je ne pouvais m’assujettir à une vision quantifiable de la vie d’où ma fascination pour ces héros qui voulaient changer le monde.

Quand je regarde ce monde actuel où l’argent a une si grande importance, je me désenchante de ce monde où seules les valeurs comptables comptent. Cette modernité marchande m’horripile au plus haut point. Ce qu’il y a de beau dans le romantisme, c’est cette conception de la vie, de la mort, de l’amitié, de la nature éloignée de tout ce qui est mécanique et prévisible. Assis sur le bord de ma rivière Chaudière, je peux passer des heures à voir la nature autrement. Cette attitude de mon être qui contemple la nature est pour moi à ce moment-là le réel absolu.

Je sais que la logique productiviste du capitalisme m’encercle de partout. Je ne puis m’empêcher de me rendre compte que ma société est axée sur la poursuite du profit, de la consommation et du confort matériel. Cependant, il est évident que la qualité devrait l’emporter sur la quantité, la fraternité sur la seule recherche du profit. Au plus profond de moi-même, je réalise que je suis seul dans l’immensité indifférente de l’Univers. Je me dois de choisir la voie qui permet à mon être de s’épanouir. Personne ne peut m’empêcher de contempler la beauté profonde de l’être humain, de la nature qui m’entoure. Si c’est cela être religieux, cette capacité de saisir ce qui échappe à notre compréhension et ce qui nous laisse entrevoir indirectement quelque chose de plus grand, cela me suffit pour donner un sens à ma vie de terrien.


En contemplant mes fleurs, en écoutant la musique de Mozart, en scrutant les profondeurs d’un ciel étoilé, le romantique que je suis aura repoussé une fois de plus ces nuages de désenchantement d’un monde où le quantifiable compte beaucoup trop.

lundi 16 mars 2015

Un processus sans fin

Il m’arrive parfois de vouloir me reposer temporairement et même définitivement. Je conviens que c’est une grande illusion. Je m’empresse d’éloigner cette envie folle d’un repos éternel. Je vais entrer bientôt dans le quatrième âge. Est-ce dire que les expériences de vie sont comme les piles qu’on nous demande de changer à chaque fois qu’on avance ou on recule l’heure?

Être de plus en plus soi-même est un processus sans fin. Impossible d’affirmer à moins de se moquer que j’ai atteint l’état de totalité. À me voir aller chaque jour à m’alimenter, à dormir, à respirer et à jadis me reproduire, force est de constater que ces besoins physiologiques sont incontournables. Je reconnais dans ces besoins toute la dimension animale de mon être. Veiller sur ma santé et sur mes biens fait partie de l’angoisse sécuritaire de tout être. Inutile de s’attarder sur cette évidence.

Vous brûlez d’envie de me parler de mon besoin d’amour, d’amitié, de vie familiale. Oui, je conviens que cela fait partie de mon identité en tant qu’espèce revendiquant une bonne dose d’humanité. Vous auriez pu aussi souligner mon besoin d’estime, de respect et de confiance de soi. Je n’insisterai pas assez sur ce qui relève de la créativité, de l’agir humain, de la vie intérieure.

Si on parle de bonheur, je me dois d’aller dans des zones personnelles. Je ne bois plus à ces eaux religieuses, sources de tant de conflits et de discorde au cours des siècles. Je me dois d’aligner mon être dans la verticalité et non plus dans cette horizontalité où on cherche une pseudo-sécurité dans les faits, gestes et croyances grégaires.

Si nous allons découvrir un peu plus l’origine de notre petite planète grâce à l’exploration de la planète naine Cérès, je me dois d’oublier ces idées obscurantistes que l’origine de notre planète est la création d’un quelconque dieu. Je suis donc laissé à moi-même et j’en suis fort aise.

M’occuper de mon propre développement, développer une plus grande individuation, voilà la tâche sublime de tout bipède humain. Laissons aux autres le futile débat sur l’existence ou non de Dieu et occupons-nous de cultiver notre propre jardin. Ah, Voltaire, comme tu me manques!

mardi 3 mars 2015

La quête de sens

Une grave question existentielle s’amène pour le pauvre mortel que je suis. On me dira d’aller vaquer à mes occupations quotidiennes et de délaisser ces cogitations qui troublent mon esprit. Déneiger ma cour, faire des emplettes, m’activer sur mon vélo stationnaire, tout cela devrait calmer mon angoisse existentielle. Solutions trop faciles et peu convaincantes pour le Scorpion que je suis.

Et cette question? C’est celle du sens de la vie. Puis-je escamoter cette grave question? Je ne puis pas vivre sans trouver le sens de ma vie sur la terre. Qui suis-je? D’où viens-je? Où vais-je? Je ne suis pas le premier à me poser ces trois grandes questions. Tous ceux et celles qui se sont penchés sur la condition humaine ne peuvent avoir éludé ce questionnement.

Mes trente premières années ont été teintées par la philosophie et la théologie. Je dois vous confesser que je n’ai pas trouvé de réponses satisfaisantes chez les philosophes et les théologiens. Avec le recul, je constate qu’on me servait des réponses toutes faites voire souvent simplistes. Ce n’est pas en me roucoulant le fameux « Connais-toi toi-même » que je suis plus avancé. Et que dire du célèbre « être ou ne pas être, telle est la question ». Impossible d’avoir une réponse plus nébuleuse. Et mon professeur de métaphysique qui me parlait de l’être en tant qu’être. C’est d’un ridicule consommé. Et Pascal incapable de se brancher avec son pari. Autant avouer qu’il n’avait aucune réponse à donner.

Je sais que le chemin pour arriver à trouver une réponse à ces questions n’est pas unique. Je ne peux pas me contenter des réponses toutes faites issues de ma famille, du monde de l’éducation, des religions, des philosophies, du milieu culturel dans lequel je baigne. Je suis laissé à moi-même. Cela veut dire qu’il me faut entreprendre une démarche intérieure, qu’il faut trouver mes propres réponses. C’est le chemin à prendre. C’est ce qui est le plus important.

N’attendez pas de moi une belle réponse toute faite. Chacun a à trouver un sens à sa vie. Cela implique une démarche intérieure. Comme l’écrivait si bien Dostoïevski, ce n’est pas le but qui compte, mais le chemin vers le but.

Justement ce chemin peut comporter des quêtes successives.  Durant mon enfance, mon adolescence et le début de ma vie adulte, le sens de ma vie tournait autour d’un absolu à atteindre qui s’est concrétisé par ces années jésuitiques. Je me suis aperçu que cet absolu envisagé était une fumisterie. Je trouvai alors un sens plus concret à donner à ma vie ce qui m’amena à fonder une famille et à me consacrer à enseigner aux jeunes.


Maintenant que je suis sur le point d’entrer dans le quatrième âge, je dois reconfigurer un nouveau sens à donner à ma vie. La vieillesse et l’approche de la mort. Je vois mes amis, mes parents, des connaissances quitter ce bas monde. Impossible de jouer à l’autruche et de me faire accroire que je serai épargné. Il faut trouver à l’intérieur de moi-même une façon de régénérer ce qui dégénère. Cela veut dire entrer encore plus à l’intérieur de moi-même pour trouver un équilibre qui amènera un certain bonheur malgré tous les drames dont je suis témoin.

mardi 24 février 2015

Le bonheur n’a pas d’âge

En coupant des légumes lors d’une journée pluvieuse, j’ai demandé à mes neurones d’aborder ce sujet très existentiel qu’est le bonheur. Il faut dire que je sortais d’une pénible crise streptocoque,  ma gorge étant ravagée par un ensemble de microorganismes ubiquitaires. Je trouvai alors le moment idéal pour réfléchir non pas sur le malheur qui me terrassait, mais sur son contraire.

Si je fais un retour dans le temps, force est de constater que mon bonheur enfantin n’est pas celui d’aujourd’hui. Explorer une flaque d’eau quand on a 4 ans est un plaisir bonheurial immense. Courir après un papillon, entendre croasser une grenouille, contempler un cochon se prélasser dans la vase : du pur bonheur.

À l’adolescence, le bonheur devient quelque chose de plus compliqué. D’ailleurs, tout est compliqué à cet âge. Je crois qu’une journée de tempête où on annonçait que toutes les écoles étaient fermées était le nec plus ultra du bonheur.

Mais ne nous égarons pas et revenons à la faune enseignante à laquelle j’appartiens. Voir la réussite scolaire de nos jeunes était une source de bonheur immense. Faire reculer les murs de l’ignorance, rendre verte son école absente de fumée : du scolaire bonheur.

Mais je m’égare. Je veux réfléchir sur cette période où la plupart de ceux et celles qui lisent ces lignes sont embarqués dans le fameux TVG qui les amène au terminus final. Y a-t’il encore place pour le bonheur? Est-ce une perte de temps? Nous sommes tellement occupés dans la vie active ou à la retraite que je me demande pourquoi on perdrait du temps à se demander si le bonheur nous habite.

En regardant le ciel étoilée la nuit dernière, je me suis dit qu’il n’y avait rien de plus important que de posséder, à l’intérieur de soi, le bonheur qui donne tellement un sens à notre trajectoire de fin de vie. Je crois que chacun a sa propre potion de bonheur. Ce parfum bonheurial qui est à quelque part en nous, qui est indéfinissable, qu’on ressent parfume et transcende tout. Tout peut s’écrouler autour de nous, tout ce qu’on ne peut pas contrôler, la seule chose qui compte, c’est ce parfum qui aromatise notre vie. Si l’amour fleurit dans le jardin de notre existence, nous vivons alors la totale.

lundi 16 février 2015

L’illusion d’être ailleurs

Habiter son présent est plus facile à écrire qu’à pratiquer dans sa mortelle vie. Sans toujours être ailleurs physiquement nos pensées nous mènent par le bout du nez vers des lieux étranges. Parfois ces pensées nous ramènent dans notre passé sélectionnant souvent les moments les moins glorieux de notre éphémère existence. En d’autres moments, ces pensées nous jettent littéralement dans des zones étrangères ou futures qui sont inatteignables.

Pour peu qu’on s’arrête, on se rend vite compte que ce temps si précieux dans nos vies est perdu inutilement à faire tourner ces moulins à vent imaginaires.

Seul l’instant présent à vivre dans la pleine conscience compte. C’est en pédalant sur mon vélo stationnaire que je me suis rendu compte que chaque coup de pédale m’amenait plus loin dans la compréhension de mon être que toutes ces pensées futiles qui empêchent d’enfourcher pour de bon les instants de vie si précieux pour le bipède humain.

Il fut une époque dans ma naïve vie où je voulais sauver le monde. Probablement que des pensées de ce genre m’avaient été insufflées par d’autres êtres aussi naïfs que moi. La vie me fit comprendre qu’avant de changer le monde, les autres, il fallait commencer par me changer moi-même, m’attaquer à la tâche sublime de la connaissance de soi et d’agir en conséquence.

Si chacun entreprenait la révolution nécessaire de se transformer intérieurement, il ne se battrait pas contre les moulins à vent qui nous font croire qu’on peut changer facilement la structure sociale. Je n’ai rien contre l’idéalisme, mais bien des …ismes nous ont mené nulle part : communisme, socialisme, capitalisme, catholicisme, épicurisme, etc.

Si cela va si mal sur la planète, c’est que l’individu n’a pas compris que la révolution doit commencer à l’intérieur de lui-même. Arrêter de se faire mener par le bout du nez par tout ce qui est extérieur à soi-même. Je remarque autour de moi cette tendance à chercher un autre individu pour résoudre ses propres problèmes. Quelle illusion!

lundi 9 février 2015

La mystérieuse quête

La bête humaine a une telle soif d’absolu qu’elle se livre corps et âme à une interminable quête de je ne sais pas trop quoi au moment où j’écris ces lignes. Il se peut qu’au dernier paragraphe une réponse vienne quoique je doute déjà du résultat. Le doute justement, voilà mon filon conducteur. Oui, le doute qu’il existe vraiment un absolu qu’il faudrait combler. Pourtant la bête humaine ressent un vide existentiel à moins de ne pas faire partie de la confrérie humaine. Il est vrai, je le confesse, que parfois j’envie cet alligator qui se prélasse au soleil sur les bords de cet étang dans les Everglades.

De ma fenêtre, j’ai vu jadis défiler ces personnes qui jouent au golf. Cet absolu presque quotidien est de placer enfin cette minuscule balle dans le mythique trou le plus rapidement possible avec le moins de coups. C’est une lutte personnelle engagée envers le destin. C’est un éternel recommencement dont notre ami Sisyphe est un expert. Je me fais à l’idée qu’au moment de frapper la petite et innocente balle un doute sournois doit s’installer, un doute qui frôle l’absolu.

Est-ce que le doute est le fossoyeur de l’absolu? Est-ce que les lamentations du Juif sépharade font tomber le mur? Est-ce que gagner un million à la loterie tarira à tout jamais les envies? Est-ce que la retraite tant désirée amène la réalisation absolue de tout ce qu’on s’était imaginé? Ne demandez pas à l’humble mortel que je suis de répondre à ces énigmatiques questions qui me font frissonner devant la vastitude du doute qu’elle sème dans le tréfonds de mon être.

Il y a un absolu trop évident. Trop de réponses nous ont été données. Personnellement, le cours de mon existence aurait été différent si quelqu’un sur ma route avait eu l’audace de semer le doute. Alors, suis-je condamné à trouver mes propres réponses? Cela a tout l’air de cela.

lundi 2 février 2015

Ce MOI à libérer

J’ai le goût de m’épivarder, de m’agiter autour de ce fameux MOI tellement asphyxié par le poids de la mémoire. Quand j’ausculte ce que la mémoire amène au MOI,  je me rends compte que la pollution sociale m’envahit totalement. Qu’est-ce qui vient vraiment de moi? Telle est la question que je me pose assis sur le bord de mon lit.

Si mes pensées n’étaient pas vraiment les miennes? Si ces pensées étaient celles inséminées par d’autres? Force est de constater que mes petites oreilles d’enfant ont entendu le bruit émanant de la famille, de l’école, de l’église, de la société, etc. Que mes petits yeux ont lu les écrits des autres. Que les grandes personnes m’ont dit quoi faire et quoi penser.

Jamais au grand jamais à l’époque de mon cours classique, on m’a dit de penser par moi-même, de ne pas laisser les autres penser à ma place. Non jamais. On ne nous donnait pas l’occasion de vérifier les faits. Les maîtres détenaient la vérité absolue. Aujourd’hui, je constate qu’ils détenaient une ignorance relative. Eux-mêmes répétaient comme des perroquets ce qu’on leur avait inculqué.

Ne plus prendre les ombres de la caverne comme des vérités est le début de la reconquête de son moi, le début d’une reconfiguration d’un moi plus conscient et créatif. Je suis conscient qu’il est difficile de se prémunir de cette pollution sociale pour retrouver son identité propre, véritable.  Être intelligent, cela veut dire puiser dans notre lumière intérieure pour guider notre agir humain.


Trop souvent, nous avons été des penseurs mécaniques incapables de remettre en question ce qui se pointait dans notre mental. Le réaliser est déjà le début d’une certaine libération. Il me sera impossible de réaliser ma nature profonde sans me dépolluer. Voilà tout un chantier qui attend le bipède que je suis. N’est-ce pas le travail le plus exigeant à entreprendre sur cette planète expérimentale?

lundi 26 janvier 2015

Le regard de l'autre

Très souvent, je me demande comment ceux et celles qui lisent mon blogue voient le monde dans lequel je vis. La beauté de l’écriture est de permettre d’entrer dans la tête de l’autre. Je n’ai pas la prétention d’étaler une réflexion très profonde, d’avoir une grande originalité de pensées. Je suis tout simplement un être humain qui a un besoin essentiel d’être présent. C’est ce que je recherche quand je lis ces écrivains comme Voltaire, Victor Hugo ou des écrivains contemporains. Quel plaisir de passer quelques moments en compagnie de ces auteurs malgré l’espace et le temps qui nous séparent.

La lecture a ce côté merveilleux de nous faire vivre des émotions, de nous plonger dans la pensée de l’auteur, de partager son regard sur le monde, d’aimer ou de détester, de rêver et d’imaginer des utopies, de comparer ma réalité à celle des autres. Je dois vous avouer que certains livres m’ont beaucoup aidé à certaines étapes de ma vie. J’ai presque tout lu l’œuvre d’Hermann Hesse et son roman Siddharta m’a beaucoup marqué tout comme l’Alchimiste de Paulo Coelho. Découvrir qu’on a chacun à vivre sa légende personnelle et qu’on n’a pas besoin d’aller au bout du monde pour la vivre fait du bien en ces temps de grandes turbulences planétaires.

Évidemment, il n’y a pas que la littérature qui peut amener du plein dans son être. La musique joue aussi ce rôle. Eric-Emmanuel Schnitt raconte dans un livre comment Mozart lui a sauvé la vie à quinze ans. J’écoutais dernièrement la chanson de Yvon Deschamps La vie est belle. Je me retrouvais dans ses paroles. Que dire de la peinture? Quel regard que projette le peintre sur ses toiles!

En ces temps de folies meurtrières, le partage, l’échange, la communication, l’écoute sont incontournables si on veut habiter cette planète dans l’harmonie. Quand on est convaincu de détenir la vérité, l’écoute est très difficile, voire impossible. Ne pas croire sera la protection suprême. Trouver ses propres réponses, pourquoi pas?

mardi 20 janvier 2015

Le temps et l’espace

Quand je regarde une photo de ma jeunesse, j’ai l’impression que je suis figé dans le temps, que ce serait l’image que j’aurais laissé de moi si j’étais décédé. Le blogue que j’écris en ce moment précis du temps est teinté par les lectures que je fais sur ce grand scientifique de notre temps : Stephen Hawking.

En me réveillant ce matin, j’ai l’impression d’être prisonnier dans un trou noir où il m’est impossible de m’échapper. Le Scorpion que je suis est alors témoin d’une montée fulgurante de son angoisse. Je sais que vous allez me souffler à l’oreille de descendre les 13 marches de mon escalier et d’aller siroter un bon café chaud. Probablement, que c’est le meilleur conseil rempli de sagesse à recevoir, mais ma réalité se rebiffe à une telle démarche pleine d’intelligence.

Des questions bombardent et se chamaillent dans mes neurones. Est-ce que le temps a eu un commencement? J’ai lu à quelque que part que oui : il y environ 15 milliards d’années. Mais avant ces milliards d’années? Mes neurones refusent de me donner une réponse. J’ai lu l’Ecclésiaste et je sais qu’il y a un temps pour chaque chose. Ce temps est tellement éphémère. Une minute passe et elle ne reviendra plus jamais. Si un événement se produit durant cette minute, il ne me restera que la mémoire pour l’encapsuler et me le faire revenir à mes souvenirs sur commande.

L’espace, lui, est plus rassurant, car on peut le montrer. On peut le piétiner. On peut y voyager, mais cela peut prendre du temps pour le faire. Même si je reste assis sur le bord de mon lit ce matin, je constate que je me déplace d’environ 30 kilomètres par seconde, car ma planète Terre tourne autour du Soleil.


Je réalise alors que je suis un voyageur de l’espace. Je suis un cosmonaute sans le savoir. Cela m’amène à une autre question angoissante. Est-ce que l’Univers a une frontière? Est-ce qu’il y a un bord à ne pas franchir? Me voilà à nouveau plonger dans l’incertitude. Mieux vaut aller boire mon café, conscient que je file dans les ténèbres de l’espace interstellaire. Je n’ai pas le choix de m’asseoir dans un espace précis. Je réfléchirai plus tard à ce fameux temps qui m’amène trop souvent dans des directions opposées : le passé ou l’avenir. 


Il se peut que je me retrouve dans un trou blanc qui est l’inverse temporel d’un trou noir. Il se peut aussi que je trouve un étroit passage permettant de me retrouver dans un autre univers. Si cela arrive, je vous le raconterai dans un autre blogue.

vendredi 16 janvier 2015

Toujours vivant

Pour mieux comprendre les propos du blogueur que je suis, il faut savoir que je suis un retraité de l’enseignement, responsable d’un bulletin sectoriel et un bénévole dans cette association de personnes retraitées.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi.  Probablement pas! J’ai toujours l’agréable surprise en me réveillant de constater que je suis toujours vivant. Si tel n’était pas le cas, on devrait trouver une autre personne en catastrophe pour rédiger le bulletin sectoriel, s’occuper du réseau social, etc. Quelle perte aréquienne cruelle!  J’aurais alors emporté cette chronique quelque part dans les vastes espaces sidéraux. Mes poèmes qui agitent convulsivement la condition humaine sombreraient dans le néant, un peu comme un castrat qui cherche désespérément à vociférer des sons graves.

En effet, la perte de ma propre vie est une chose qui me laisse songeur. C’est pourquoi la surprise d’être encore vivant chaque matin illumine mon être et même si je n’ai encore rien fait de ma journée cette évidence inéluctable me comble au plus haut point. N’allez pas croire que je suis si zen que cela. Non, non, je cours et j’accoure comme vous le faites sans nul doute. Il y a tant de choses à faire qu’on ne sait plus où donner de la tête. C’est le cruel destin que doivent vivre quotidiennement les personnes retraitées.

Vous vous demandez sans doute où je veux en venir avec cette chronique. Consolez-vous! Je suis le premier à me le demander. Probablement que si je me scrute moi-même, l’idée est que les petits bonheurs quotidiens devraient suffire à donner une impulsion jubilatoire à nos existences. Chaque fois qu’une personne frôle la mort, qu'elle réussit à s’extirper d’une maladie pernicieuse, d’un accident qui aurait pu être fatal, une voix intérieure s’élève et vient lui dire : profite de chaque minute, de chaque heure, de  chaque journée du fait que tu es encore vivant.

S’il y a une personne sur cette terre qui devrait comprendre et intégrer dans son être cette évidence, c’est bien la personne retraitée. Ah, mais je vous entends vous exclamer : quel être naïf, quel être disjoncté, quel con! Pourtant ce con qui publie le bulletin sait qu’on n’a pas une minute à perdre. Il faut s’occuper de la condition des hommes, des femmes, de l’environnement, du sociopolitique, de la santé des aînés, de l’indexation. Arrêtez, arrêtez, vous allez me rendre fou. Ne le suis-je pas déjà assez?

Quand on y songe sérieusement, c’est durant notre vie active qu’on aurait dû s’attaquer et résoudre ces épineux dossiers. Alors que le gros de nos préoccupations actuelles tourne à démêler nos pilules, à vérifier nos artères, à se désoler de nos incontinences, à enterrer nos proches et nos connaissances, à jouir maladivement de nos petits enfants et s’il reste du temps à faire du bénévolat.

Je persiste à affirmer que rester en vie est tout un défi. Nous ne sommes plus des jeunesses. Le fait de réaliser qu’on est encore vivant chaque matin est une grâce, un cri de sagesse, une denrée rare, un don précieux, un pied de nez à la mort.

lundi 12 janvier 2015

Gérer l’éphémère


En 2013, quelques jours avant la merveilleuse et magique nuit de Noël, il a fallu qu’un petit drame personnel vienne ternir la jubilation qui commençait à s’emparer de ma personne. Le Reflet, un  bulletin destiné aux personnes retraitées  dont je suis le responsable était pratiquement terminé. Quelques pages à ajouter, quelques corrections à apporter et le petit Jésus pouvait renaître pour une 2013e fois encore.

Et le drame fut. Le disque externe contenant les précieux fichiers accumulés depuis des années rendit l’âme. Une mort sans prévenir. Aucun avertissement qui m’aurait permis de faire une sauvegarde ailleurs. Je me retrouvai subitement devant le néant total.  Même ma propre chronique déjà rédigée et qui avait le titre prémonitoire  de  mortelle randonnée était partie dans les confins lointain du néant.

Ne me demandez pas de régurgiter à nouveau les propos tenus dans cette chronique. Je ne m’en souviens plus. Je sais qu’il était question que dès notre naissance nous vivons le début de cette aventure mortelle qu’est l’existence humaine. Sortir du placenta de notre mère est déjà un deuil à faire. Briser sa toupie, se casser une jambe, perdre ses dents de lait,  égarer son chat, etc. autant de petits deuils à vivre.

Et que dire de l’adolescence avec tous ses rêves avortés, ces choix terribles à faire devant un futur incertain : une seule personne à aimer en exclusivité dans une union, un seul métier à envisager avant qu’un seul autre plus pertinent se présente, une automobile qui rend l’âme prématurément, des souliers qui s’usent, une nuit après l’autre qui s’envole. Oui, j’écrivais que notre vie est une mortelle randonnée.

Probablement que vers la fin de mon texte, je faisais allusion à nos vies  jonchées de mortelles disparitions, de diminutions corporelles, de vieillissement de l’être qu’on contemplait jadis sans se fermer les yeux, de fatigue, de titubage, de cataractes, d’insomnies, etc. Il me semble que je finissais  sur une note d’espoir où il était question de sagesse, d’acceptation, de lâcher-prise. J’en doute un peu suite à la réaction que j’ai eu devant la dépouille de mon disque externe. Avant d’accepter l’inévitable,  j’ai vécu une période émotionnelle très chargée. C’était  du déni suivi d’une violente colère.


Après avoir un bu une tasse de café assez corsé, je me suis contraint à en revenir. Ce n’était tout de même pas  l’annonce d’un décès, d’un cancer, d’un feu ravageur, d’une catastrophe ferroviaire. Ce n’était qu’un insipide disque externe contenant mes centaines d’heures  au service des personnes retraitées de l’enseignement. Je me suis abandonné. J’ai lâché prise et j’ai accepté de voir la réalité comme elle est : un disque externe caput. Je venais une fois de plus de gérer l’éphémère.

vendredi 9 janvier 2015

La grande oubliée


Qui est cette grandement oubliée, me direz-vous? Je vous donne tout de suite la réponse : la VOLONTÉ.

Je vais écrire ce texte en je même si cela concerne d’autres je formant ainsi à la longue un nous inclusif, expression que j’emprunte à une certaine dame qui en arrachait beaucoup  jadis parce que trop de volontés se manifestaient.

Mais avant de développer, il me faut une mise en situation, un préambule ou un sujet posé avant de l’amener trop loin. On ne te tue pas impunément un professeur de français retraité.

Depuis quelques années, j’ai assisté, entendu, vu plusieurs exposés visant à trouver la formule magique qui nous laisserait vivre longtemps et paisiblement.  Je vous en fais une courte énumération.

Je sais maintenant qu’en faisant mon épicerie je dois lire les étiquettes et vérifier le taux de sucre, de sel et autres poisons du genre.

Lors d’une conférence sur la fin de vie, j’ai appris que je ne dois pas m’enlever la vie pour une raison futile comme un vide existentiel, les articulations qui grincent, la nostalgie du travail passé ou quelques autres balivernes du genre. Il me faut une grosse et bonne raison pour poser ce geste fatidique. C’est noté.

Lors d’une conférence sur l’andropause, j’ai appris qu’il fallait avoir à l’œil ma prostate, que si ma libido avait baissé, c’était normal et qu’il fallait m’intéresser à autre chose qu’à cette chose qui devrait hélas faire partie de mes souvenirs sachant qu’elles préfèrent plutôt de la tendresse étant elles-mêmes ménopausées.

Dernièrement,  avec cette conférence sur les deuils, on m’a dit qu’il fallait apprivoiser la mort pour mieux vivre. C’était la condition essentielle pour développer l’art de bien vieillir. Alors je n’ai pas le choix. Quand je serai à l’agonie, j’essaierai de mon mieux de l’apprivoiser si je suis encore conscient et si je ne souffre pas trop. Il est certain comme disait DJ Champion que sur le point de crever plus tard ou le mieux vivre n’a plus grande signification, mais cela sonne bien dans une conférence et surtout lorsqu’on sait que ce sont les autres qui vont mourir.

Je pourrais continuer longtemps la liste des conseils qu’on me donne pour mieux vivre sereinement. On m’a parlé de re-traiter ma vie, de vivre l’instant présent, de m’adapter aux changements, d’avoir encore des projets, des rêves, etc.

Conclusion : j’en sais trop maintenant et cela m’angoisse. Ce qu’il faut,  c’est la volonté. Même si on me répétait cela cent fois, je sais qu’il faut que mon je passe à l’action et cela n’est pas évident. Mon intelligence voit que tout cela a du sens, mais la volonté se rebiffe, s’entête, se rebelle. Ce manque de volonté est une plaie généralisée : la paix au lieu de la guerre, la réforme électorale, l’endettement, la faim dans le monde, la pollution, etc.

Ce que vit mon je, le grand nous le vit également. Suis-je condamné à aller à d’autres conférences?

mardi 6 janvier 2015

Se réappropier sa vie


Cela semble étonnant d’écrire qu’il faut se réapproprier sa vie alors que nous vivons la sublime aventure d’une personne en vie. En me réveillant ce matin, j’ai fait un terrible constat. On passe sa vie à vivre pour. Oui, pour. Pour aller faire l’épicerie, pour laver le plancher, pour aller à l’hôpital, pour aller chez le dentiste, pour prendre sa douche, pour,  pour,  pour… Comment pourrait-il en être autrement. C’est sur quoi je m’épanchai longuement.

Sans devenir fou, peut-on porter une attention d’instant en instant aux tâches, aux expériences et aux rencontres de la vie courante? Jamais on ne m’a dit ou enseigné qu’il fallait que je mette de la conscience dans toutes les activités de ma vie quotidienne. Je dois alors comprendre et expérimenter par moi-même que le fait d’introduire de la pleine conscience dans tout fera ombrage à toutes ces pensées intruses qui fourmillent dans ma tête et qui s’interposent entre mon moi et ce qui se passe en réalité en ce moment. Je fis alors quelques pas dans ma chambre et je me suis dit que c’était tout un contrat à vivre, à réaliser.

Si je chasse toutes ces pensées venues d’ailleurs, il est évident que mon mental deviendra plus calme et plus attentif. Je constate qu’il est plus agréable d’être dans l’instant même que de se faire trimbaler par des pensées qui ne mènent  nulle part.

Assez palabrer. Mettons en pratique cette découverte prodigieuse qui m’arrive alors que ma vie tire à sa fin. Faire la vaisselle. Voilà le test le plus simple qui se présente à moi. C’est une tâche ordinaire que les 7 à 8 milliards d’humains sur cette planète doivent faire trois fois par jour. Toute une constatation, me dis-je. Je dois m’astreindre à ne pas me dépêcher pour passer à autre chose. Le fait de ne pas me dépêcher est déjà tout un défi en soi. Qu’est-ce qui serait mieux ou plus important que de laver cette vaisselle présentement? Je réalise qu’au moment où j’essuie mes plats, cela devient ma vie, mon instant présent. Je dois prendre conscience que cet instant de vie m’appartient totalement, que cet instant m’est unique.

Si je rate ce rendez-vous avec la vie parce que mon esprit m’amène ailleurs, j’appauvris mon humaine existence. Je prends donc chaque tasse, chaque assiette, chaque fourchette comme elle vient, conscient des mouvements de mon être quand je la tiens, la frotte, la rince, conscient du souffle et du mouvement de mon esprit tout présent dans mes moindres gestes.


Je venais de mettre en pratique le terrible constat fait le matin assis sur le bord de mon lit. Je réalisai que ce je venais de faire avec ma vaisselle pouvait suivre une approche similaire avec tout. Faire tout avec tout mon être. Une présence consciente dans chaque instant de vie fait de rencontres, de gestes routiniers, d’activités nécessaires pour le mortel que je suis. Je venais de comprendre qu’habiter son corps, être présent à soi-même, c’est le retour à la maison, c’est vivre l’instant présent sans se soucier du passé ni du futur. Ce n’est plus supporter le temps, c’est être le temps, vivre la permanence de l’impermanence. Telle est ma condition humaine.

vendredi 2 janvier 2015

L’avortement d’une résolution

Quand vous lirez ces lignes, on sera dans une nouvelle année  et l'on aura probablement pris de bonnes résolutions.  Le on n’exclut pas la personne qui écrit. Bien au contraire, j’ai évacué en quelques heures celle que j’avais prise de bonne foi et en toute candeur : celle de m’indigner. J’avais été influencé par le fait que j’écoute trop les nouvelles. Harper qui se fout du réchauffement climatique, qui emprisonne les jeunes contrevenants, qui détruit le registre des armes à feu et tous ces drames internationaux et toutes ces querelles partisanes, etc. J’avais pris cette résolution sous le coup de la colère.

Qu’est-ce qui m’a fait me dérésolutionner? La réponse est simple : ma santé. J’ai compris que cette résolution aurait eu ma peau, moi qui suis responsable de la page des décès dans un bulletin sectoriel de personnes retraitées. Je ne voulais pas m’y retrouver. Alors comme beaucoup d’entre vous, j’ai choisi de m’occuper de ma santé comme nouvelle résolution ce qui me donne une assez grande latitude. Je peux donc faire un peu ce que je veux. Je vais écouter de la musique classique toutes les semaines, faire un peu d’exercices, jouer au scrabble, apprendre à jouer au piano, etc.

Si j’avais maintenu ma résolution consistant à m’indigner, imaginez tout ce que j’aurais dû faire : établir un campement dans ma rue pour dénoncer le fait que l’armée américaine coûte 700 milliards $ aux contribuables, que le plus haut dirigeant au Canada gagne 169 fois le salaire moyen, que l’autoroute tarde à arriver à Saint-Georges, que les partis politiques ne feront que caqueter, que le Plan Nord donnera nos ressources aux multinationales et que nous récolterons que des miettes, etc.

Il faut dire qu’en regardant ma petite fille Évelyne jouer sous l’arbre de Noël, qu’en contemplant mon trophée de pêche au lac Gorgotton, cela m’a ramené les deux pieds sur terre et m’a aidé à trouver ce qui est essentiel : un peu plus de sagesse et surtout plus de réalisme.


Ah oui, j’oubliais qu’en regardant le film «Le bonheur de Pierre » j’avais entendu cette réflexion : Le bonheur est une façon de voyager…